Ce matin, réveil à 6h15 pour un départ à 8h avec les valises.

Le contraste avec la veille est frappant. Le ciel est chargé de nuages, l’atmosphère est grise et humide. La météo semble vouloir nous rappeler que le Canada n’est pas toujours une carte postale ensoleillée.
À mi-chemin de notre trajet, nous faisons une halte dans une boutique spécialisée dans les produits du terroir. Ici, les pommes proviennent directement du verger voisin et sont transformées en tartes à la pomme et à la cannelle qui embaument tout le magasin.
Je tombe également sur une tablette de croquant au sirop d’érable. Cela ressemble à une barre de chocolat mais l’étiquette, qui met bien en évidence les quantités astronomiques de sucre et de graisses saturées, me ramène à la raison. Je résiste donc héroïquement à l’achat.
Le Canada semble avoir trouvé une infinité de façons de vendre du sirop d’érable : bouteilles en verre, feuilles d’érable décoratives, coffrets cadeaux, bonbons, biscuits… C’est le paradis du shopping pour les amateurs de sucre.
Pour me réchauffer, je me contente d’un cappuccino.
Après plusieurs heures de route, nous arrivons à Kingston.

Kingston, première capitale du Canada

Kingston occupe une place importante dans l’histoire canadienne. Située à l’endroit où le lac Ontario devient le fleuve Saint-Laurent, elle fut même la première capitale de la Province du Canada entre 1841 et 1844.
Aujourd’hui, la ville est réputée pour son agréable centre historique construit en pierre calcaire, ce qui lui vaut parfois le surnom de « Limestone City ». Son université prestigieuse, Queen’s University, et sa qualité de vie attirent de nombreux retraités et familles.
On y trouve également plusieurs établissements de santé importants, dont un vaste complexe hospitalier en bordure du Saint-Laurent qui domine une partie du front de mer.
Notre temps libre est malheureusement placé sous le signe de la pluie. Celle-ci m’incite également à prendre une décision stratégique : laisser dans le bus mon appareil photo Canon, affectueusement surnommé « la brique ». Je voyage bien plus léger avec uniquement l’iPhone.
Heureusement, ma cape de pluie est immédiatement opérationnelle.
Avec son jaune éclatant de la capuche jusqu’aux genoux, il est désormais impossible de me perdre dans la foule. Si le groupe venait à m’égarer, il suffirait probablement de chercher un énorme poussin déambulant dans les rues de Kingston.
Je profite de cette promenade pour entrer dans une boutique artisanale de savons canadiens. J’y achète un petit assortiment de savons et de beurre de karité qui me servira pendant le voyage.
Le Ford Branco que j'adore
Le Ford Branco que j'adore
J’aime beaucoup l’architecture de la ville. Les bâtiments en pierre lui donnent du caractère et une élégance discrète.
Mon autre mission du jour consiste à trouver des légumes. Après seulement quelques jours au Canada, ils commencent déjà à me manquer.
Je cherche désespérément une salade équilibrée à emporter mais je ne trouve rien qui me convainque réellement. Je finis donc par me rabattre sur un sandwich Subway, avec l’idée de le manger plus tard pendant la croisière.
J’avais pourtant repéré un abri avec une table où déjeuner tranquillement, mais celui-ci était déjà occupé. Avec la pluie qui tombe sans interruption, je reporte donc mon repas.
Une chose me frappe dans les villes canadiennes : les maisons.

Les célèbres porches nord-américains

De nombreuses habitations possèdent un large porche couvert à l’avant.
Cette caractéristique est très répandue au Canada et dans le nord-est des États-Unis. Historiquement, ces espaces permettaient de profiter de l’extérieur tout en restant protégés du soleil, de la pluie ou de la neige.
Aujourd’hui encore, le porche reste un élément important de l’architecture résidentielle. Il constitue une sorte de transition entre l’espace privé et la rue, un lieu où l’on peut s’asseoir, discuter avec les voisins ou simplement observer le quartier.
Je trouve que cela apporte énormément de charme aux maisons.
Nous embarquons ensuite pour la croisière des Mille-Îles avec la compagnie City Cruises Gananoque.
Malheureusement, cette excursion ne restera probablement pas parmi les moments les plus mémorables de mon voyage.
Le principal responsable s’appelle météo. Le ciel est bas, gris foncé, parfois presque noir, et la pluie ne cesse jamais vraiment.

Les Mille-Îles et le château Boldt

L’archipel des Mille-Îles compte en réalité plus de 1 800 îles dispersées entre le Canada et les États-Unis dans le fleuve Saint-Laurent.
Certaines ne sont que de simples rochers portant un arbre solitaire. D’autres accueillent de véritables résidences secondaires parfois spectaculaires.
L’une des attractions les plus connues est le château Boldt, devant lequel notre bateau effectue un demi-tour. Cette immense demeure fut construite au début du XXe siècle par George Boldt, propriétaire du célèbre hôtel Waldorf-Astoria de New York.
Il souhaitait offrir ce château à son épouse Louise. Lorsque celle-ci mourut brutalement avant l’achèvement des travaux, Boldt fit immédiatement arrêter le chantier. Le bâtiment resta abandonné pendant plusieurs décennies avant d’être restauré.
Sous un ciel bleu, l’ensemble doit être particulièrement photogénique. Aujourd’hui, sous la pluie, l’atmosphère est davantage mélancolique que féérique.
J’ai surtout l’impression que cette croisière consiste à admirer les différentes propriétés construites sur les îles. Certaines sont magnifiques et donnent clairement envie de passer un week-end au bord de l’eau.
Je suis un peu déçue de ne pas ressentir davantage d’émerveillement. Fred m’avait parlé de cette croisière avec beaucoup d’enthousiasme. Je suppose qu’il avait eu droit à un soleil plus coopératif.

À la sortie du bateau, Joe nous explique un problème logistique.

Le restaurant réservé pour le dîner se trouve à Gananoque, alors que notre hôtel est situé à environ quarante minutes de route. Revenir plus tard pour le repas représenterait donc beaucoup d’allers-retours.
Il nous propose alors un compromis : visiter Gananoque à pied puis partager un verre avant le dîner.
Sur le moment, l’idée ne nous enthousiasme pas vraiment. Il pleut toujours et tout le monde a plutôt envie de se mettre au sec. Mais après réflexion, le ciel semble vouloir s’améliorer légèrement et nous acceptons finalement. Cette décision va nous conduire à une expérience assez inattendue.
Quelqu’un remarque une boutique de cannabis.
Joe nous explique alors que le cannabis récréatif est légal au Canada. Aucun d’entre nous ne sait vraiment à quoi ressemble ce type de magasin et, de fil en aiguille, l’idée d’aller voir l’intérieur s’impose. Même Joe nous avoue qu’il n’y est jamais entré. Nous franchissons donc tous ensemble la porte.

Le cannabis légal au Canada

Depuis 2018, le Canada est l’un des premiers grands pays à avoir légalisé le cannabis récréatif au niveau national.
La vente est strictement encadrée. Les produits doivent provenir de producteurs agréés et porter les marquages officiels exigés par les autorités canadiennes.
Les boutiques proposent différentes variétés selon les effets recherchés : relaxation, énergie, bonne humeur ou aide au sommeil.
Nous discutons quelques minutes avec la vendeuse et lui expliquons que la situation est très différente en France.
Lorsqu’elle nous propose de tester certains produits, nous déclinons poliment.
À la sortie, Joe nous avoue que c’est la première fois qu’il accompagne un groupe dans ce genre de visite ! Nous lui suggérons immédiatement de proposer l’activité à Go West pour les prochains circuits.
Je ne suis pas certaine que le service marketing soit prêt. 🤪

Nous poursuivons ensuite la soirée au Wild Wing.

L’établissement ressemble à ces chaînes nord-américaines où les écrans géants diffusent en permanence des événements sportifs. Le match France-Irak est justement retransmis et nous assistons au premier but de Kylian Mbappé.
Mais la véritable révélation de l’établissement n’est pas le football.
Ce sont les chips.
Des chips maison absolument extraordinaires. Je crois que toute la table est tombée d’accord sur ce point.
Au fil des jours, Gilles, notre chauffeur, se révèle également très sympathique. Je commence même à soupçonner qu’il me porte une attention particulière. Tony semble d’ailleurs avoir remarqué la même chose.
À un moment, Gilles me demande comment une jolie femme peut voyager seule. Il tente ensuite de m’amadouer avec quelques chocolats Lindt et me montre fièrement l’organisation impeccable de ses affaires dans la soute du car, soigneusement suspendues dans des housses protectrices.
Le moment au bar est très agréable et les discussions deviennent de plus en plus naturelles entre tous les membres du groupe.
Au fil de la journée, notre perception de Joe a également commencé à évoluer. Après son entrée en matière particulièrement musclée du premier jour, nous découvrons peu à peu une autre facette du personnage. Il plaisante davantage avec nous, raconte quelques anecdotes et se montre finalement beaucoup plus chaleureux que lors de sa présentation dans le bus.
Peut-être était-il simplement stressé au début du circuit. Après tout, il ne connaissait pas encore son groupe et devait s’assurer que tout se déroule correctement. Mais bon, nous ne sommes que 6…
Il faut dire aussi que nous lui facilitons probablement la tâche : nous suivons ses consignes avec un sérieux presque militaire. Lorsqu’il indique une heure de rendez-vous, tout le monde est là. Quand il donne des instructions, elles sont appliquées à la lettre.
Bref, la cohabitation semble désormais fonctionner dans les deux sens. À mesure que nous prenons confiance en lui, il paraît lui aussi se détendre et laisser davantage apparaître son humour.
Nous terminons la soirée au Wheel and Anchor Restaurant. Pour l’instant, les repas inclus ne sont pas particulièrement mémorables. J’ai déjà laissé passer deux desserts, composés de gâteaux extrêmement sucrés mais finalement assez peu savoureux. Quitte à absorber des calories, autant qu’elles procurent un vrai plaisir gustatif !
Notre hôtel du soir est un Super 8. Il s’agit davantage d’un motel que d’un hôtel traditionnel puisque les chambres donnent directement sur l’extérieur. Je le trouve déjà un peu mieux que le Quality Inn de l’aéroport. Même si Laetitia a partagé sa douche avec une tique qui voulait l’agripper pour quelques jours !
Lorsque j’entre dans ma chambre, il fait très frais. Je mets donc le chauffage avant de me doucher. Je me demande même si l’ampoule de la salle de bain ne sert pas également de radiateur tant elle dégage de chaleur.
Il est plus de 23 heures lorsque je me couche.
Je tiens bon dans mon opération « adaptation à l’heure canadienne ».
Quelques pages de lecture plus tard, le sommeil finit par l’emporter.