Ce matin, le départ est prévu à 8h15 depuis notre motel.
Le petit-déjeuner est à l’image de l’établissement : fonctionnel. Je décide quand même de tester la fameuse gaufre américaine. Ou canadienne ! La pâte est déjà prête dans un gobelet en plastique fermé par un couvercle en plastique. J’accompagne cela d’un jus d’orange servi dans une petite brique qui semble destinée à un enfant de cinq ans et qui est, bien sûr, fournie avec une paille en plastique.
C’est le strict minimum syndical du petit-déjeuner.
Mais je me suis promis de ne pas reparler une troisième fois de la gastronomie de nos hôtels.
Enfin… presque.
Les motels occupent une place particulière dans la culture nord-américaine. Contrairement aux hôtels traditionnels, les chambres donnent souvent directement sur l’extérieur afin de permettre aux voyageurs de stationner leur voiture juste devant leur porte. Le modèle s’est développé dans les années 1950 avec l’essor de l’automobile et reste très populaire le long des grands axes routiers.
Notre Super 8 appartient à l’une de ces grandes chaînes économiques que l’on trouve partout au Canada et aux États-Unis. On y trouve généralement l’essentiel : un lit, une douche, un petit-déjeuner inclus et peu de fioritures.
Côté écologie, le Canada continue de me laisser perplexe. Les couverts à usage unique sont souvent en bois, les assiettes en carton et les gobelets à usage unique. Mais les petites briques de jus sont toujours accompagnées de pailles en plastique. J’ai l’impression d’assister à une étrange bataille où le plastique a perdu la guerre des fourchettes mais gagné celle des pailles.
Nous prenons ensuite la route vers Ottawa.

Ottawa, une capitale à taille humaine

Ottawa est devenue capitale du Canada en 1857 lorsque la reine Victoria la choisit pour mettre fin aux rivalités entre Montréal, Toronto, Québec et Kingston. Située à la frontière entre l’Ontario anglophone et le Québec francophone, elle possède aujourd’hui une identité profondément bilingue.
Ce qui frappe surtout, c’est qu’elle ne ressemble pas vraiment à l’idée que l’on se fait d’une capitale. Elle paraît calme, verte, presque paisible comparée aux grandes métropoles nord-américaines.
Pendant le trajet, je réalise une nouvelle catastrophe logistique.
Mes cintres métalliques !
Je les ai oubliés dans l’hôtel précédent 😞😟😩
Je m’étais trouvée particulièrement ingénieuse en les utilisant pour suspendre mes vêtements durant la nuit. J’avais même eu l’impression d’optimiser mon organisation comme une voyageuse expérimentée.
J’ai simplement oublié de les remettre dans la valise.
Que dire…
La valise est désormais un peu moins lourde.
Maman
Maman
Après un rapide tour d’orientation en autocar, Joe nous dépose au cœur de la ville avec plus de deux heures de liberté.
Mes compagnons de voyage décident d’aller déjeuner au ByWard Market, où Joe compte lui aussi s’installer.
Pour ma part, je choisis de poursuivre seule.
Et cela me fait un bien fou.
Je me sens libre. Forte. Capable de me diriger où bon me semble sans avoir à attendre quelqu’un ou à me demander ce que le groupe souhaite faire.
Avant le voyage, j’avais enregistré plusieurs points d’intérêt dans Google Maps. Il ne me reste plus qu’à me laisser guider. Le soleil est revenu, la température est agréable et je m’enduis consciencieusement de crème solaire avant de partir à l’aventure.
Ma première étape est la basilique-cathédrale Notre-Dame d’Ottawa, située juste en face du Musée des beaux-arts du Canada. La cathédrale est la plus ancienne église de la ville et son intérieur est réputé pour ses voûtes bleues décorées d’étoiles dorées.
Mais ce qui attire immédiatement mon regard se trouve plutôt devant le musée.
Une gigantesque araignée.
L’œuvre s’appelle Maman et a été réalisée par l’artiste franco-américaine Louise Bourgeois. Haute de plus de neuf mètres, elle est devenue l’un des symboles de la ville. Je m’amuse à la photographier sous différents angles et réussis quelques clichés dont je suis particulièrement fière.
Je poursuis ensuite ma promenade vers le parc Major’s Hill.
L’endroit est magnifique.
Au détour d’une allée, je découvre un petit café dont les tables sont installées à l’ombre des arbres. Je décide immédiatement de m’y arrêter. Je commande un Aperol Spritz accompagné d’un plateau de mezze.
La vie est parfois extrêmement difficile !
La vie est parfois extrêmement difficile !
Installée à l’ombre, bercée par une légère brise qui tempère la chaleur de l’après-midi, je profite pleinement de cet instant de calme.
Une fois rassasiée, je poursuis ma promenade vers le pont Alexandra afin d’admirer le Parlement depuis les berges de la rivière.
Le parc Major’s Hill offre de très beaux points de vue sur les bâtiments gouvernementaux et la rivière des Outaouais. Des jardiniers s’affairent à remplacer certaines bandes de gazon le long des chemins. De petits drapeaux ont été plantés pour empêcher les promeneurs de piétiner les nouvelles pelouses.
Je prends quantité de photos.
Cette visite libre est probablement l’un des moments que j’ai préférés depuis le début du voyage.
Je termine mon parcours en longeant le canal Rideau.
Construit au XIXe siècle pour des raisons militaires, ce canal relie Ottawa à Kingston sur plus de 200 kilomètres. Il est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. En hiver, il se transforme en la plus grande patinoire naturelle du monde.
Je crois que j’ai préféré Ottawa à Toronto.
La ville me paraît plus harmonieuse, plus accessible, plus humaine.
À 14 heures, nous reprenons la route vers Montréal.
Le trajet se déroule sans histoire, hormis quelques ralentissements à l’approche de la métropole.
Nous arrivons suffisamment tôt à l’hôtel Roberval pour que je puisse prendre une douche avant de repartir dîner.
L’établissement possède un charme un peu désuet mais sympathique. Les chambres ressemblent à de petits appartements équipés d’une kitchenette.
L’ensemble est propre, bien entretenu et surtout idéalement situé au cœur de la ville.
Pour une fois, je suis pleinement satisfaite de notre hébergement. Enfin !
Nous rejoignons le restaurant à pied.
J’avais initialement prévu de goûter l’une des spécialités montréalaises à base de viande fumée.
Puis j’ai lu la description du plat.
Il était accompagné de « choucroute ».
Mon imagination s’est immédiatement emballée. Dans mon esprit d’Européenne, le mot évoque forcément les grandes tablées alsaciennes, les pommes de terre, les saucisses et les montagnes de chou fermenté. Pendant quelques secondes, j’ai imaginé un mariage improbable entre Montréal et l’Alsace.
Toute ma motivation gastronomique s’est alors évaporée avec une rapidité remarquable.
J’ai finalement commandé un burger tout à fait classique.
Les grandes aventures culinaires attendront un autre jour.
Mais en observant les assiettes autour de moi et après quelques recherches discrètes, j’ai compris que la fameuse « choucroute » nord-américaine ressemblait davantage à du simple chou blanc émincé qu’à la véritable choucroute de nos régions.
Mais je ne regrette pas mon burger et Gilles a tenu à m’y faire goûté en sacrifiant une petite portion de son plat.
Au fil du voyage, je fais davantage connaissance avec Laetitia et Tony. Ils ont respectivement 48 et 49 ans.
Tony travaille chez Gaz de France et possède une énergie débordante ainsi qu’un solide sens de l’humour.
Laetitia, quant à elle, a traversé une épreuve que peu de gens peuvent imaginer. Ancienne coiffeuse, elle a subi un grave problème cardiaque qui l’a conduite à passer un mois dans le coma. Pendant cette période, elle a reçu une greffe du cœur.
À son réveil, tout était à reconstruire. Elle a dû réapprendre à marcher. Réapprendre à manger. Son corps avait tellement changé qu’elle ne parvenait plus à s’alimenter normalement après des semaines de nutrition artificielle.
La première question qu’elle a posée à son mari en sortant du coma concernait son salon de coiffure. Il lui a alors annoncé qu’il avait dû le vendre. Elle ne pourrait plus jamais reprendre son activité.
J’imagine difficilement le choc.
Même aujourd’hui, certaines journées restent compliquées. Elle se fatigue vite et doit composer avec les limites imposées par sa santé. Pourtant, elle dégage une énergie et une gentillesse remarquables.
Elle possède un Canon EOS RP, un appareil hybride plein format, et nous échangeons volontiers sur le matériel photo, les objectifs et les prises de vue.
Joe nous avait annoncé que les festivités de la fête nationale du Québec commenceraient ce soir.
Pourtant, nous n’avons rien vu de particulier.
Ni musique.
Ni foule.
Ni feux d’artifice.
La fête nationale du Québec
Le 24 juin est la fête nationale du Québec, également appelée la Saint-Jean-Baptiste. À l’origine célébration religieuse, elle est devenue au fil des décennies une grande fête populaire mettant à l’honneur la culture québécoise et l’identité francophone.
Des concerts gratuits, spectacles de rue, rassemblements et feux d’artifice sont généralement organisés dans toute la province, notamment à Montréal et à Québec.
Les festivités étant souvent concentrées dans certains secteurs ou à des horaires précis, il est tout à fait possible de séjourner dans la ville sans tomber dessus par hasard.
Nous avons manifestement réussi cet exploit.
La soirée se termine tranquillement à l’hôtel.
Demain, nous découvrirons Montréal plus en détail.
Et, si possible, je tenterai de ne plus perdre d’accessoires de valise en cours de route.